La découverte de l’île de Pâques

En résumé :

  • Découverte et mystère des Moaï : Les célèbres statues de l’île de Pâques, appelées Moaï, possèdent presque toutes un corps enterré, découvert lors de fouilles récentes. Sculptées dans le tuf volcanique, elles restent entourées de mystères quant à leur signification et leur transport.

  • Exploration de Jacob Roggeveen : En 1722, l’explorateur néerlandais Jacob Roggeveen accoste l’île le jour de Pâques, d’où son nom. Sa mission initiale était de découvrir la Terra Australis. Sa rencontre avec les habitants, d’abord pacifique, dégénère en affrontement tragique.

  • Échec de l’expédition : L’expédition connaît de nombreuses difficultés : naufrage, pertes humaines, maladies, et conflits internes. Roggeveen finit par rentrer aux Pays-Bas, dépouillé de ses navires et de ses découvertes, sans connaître l’importance de ce qu’il avait vu.

  • Une énigme toujours vivante : L’île de Pâques et ses Moaï demeurent une énigme culturelle, technique et historique. Les chercheurs débattent encore de leur origine et de leur rôle, tandis que les Rapa Nui actuels s’efforcent de préserver cet héritage unique menacé par le temps et le climat.

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« Nous peinions à concevoir comment ces insulaires, totalement ignorants de toute puissance mécanique, pouvaient ériger de telles figures stupéfiantes »
James Cook
1774

La redécouverte des Moaï : des géants enfouis

En 2010, le monde archéologique fut secoué par une révélation majeure : les célèbres têtes de pierre de l’île de Pâques, appelées Moaï, possèdent en réalité des corps entiers enfouis sous terre. Cette découverte, menée par le Easter Island Statue Project (EISP) dirigé par Jo Anne Van Tilburg, a mis en lumière la complexité et la grandeur de ces sculptures. Les fouilles ont révélé des torses ornés de pétroglyphes, témoignant d’une symbolique riche et d’un savoir-faire artistique remarquable. Ces statues, taillées dans le tuf volcanique du volcan Rano Raraku, mesurent en moyenne quatre mètres de haut, certaines atteignant même vingt mètres. Elles furent érigées entre les années 700 et 1600 par les anciens habitants de l’île, les Rapa Nui, dans le but probable d’honorer leurs ancêtres et de protéger leur communauté.

Jean-Francois Galaup, comte de La Perouse (Jean Francois Laperouse, 1741-1788) devant les statues de l'Ile de Paques (Rapa Nui)

Jacob Roggeveen : un explorateur malgré lui

Comme bien des explorateurs partis à la recherche d’un monde, c’est un tout autre qu’il découvrit, par le plus grand des hasards. Jacob Roggeveen, né le 1er février 1659, n’était pas voué à devenir explorateur. Après une carrière juridique et religieuse, il décida en 1719 de concrétiser le rêve de son père, Arent Roggeveen : découvrir la Terra Australis, un continent hypothétique situé dans l’hémisphère sud. Le 1er août 1721, il embarqua avec trois navires – le Thienhoven, l’Arend et l’Afrikaansche Galey – et un équipage composé de Français, d’Allemands et de Danois. Après plusieurs escales, notamment aux îles Juan Fernández, l’expédition atteignit l’île de Pâques le 5 avril 1722, jour de Pâques, d’où le nom « Paasch-Eyland » qu’il lui donna. Ce nom d’attribution, comme tant d’autres, est donc apparu postérieurement, à défaut d’avoir trouvé des traces écrites pour le nommer…

À leur arrivée, les Européens aperçurent de la fumée sur l’île, signe d’une présence humaine. Le mauvais temps empêcha un débarquement immédiat, mais le 7 avril, un habitant s’approcha du Thienhoven dans une pirogue. Le capitaine Cornelis Bouwman le rencontra et le fit monter à bord de l’Arend. Trois jours plus tard, 134 membres de l’équipage débarquèrent sur l’île. La rencontre avec les insulaires fut marquée par l’étonnement mutuel, mais aussi par la méfiance. Malgré les consignes de Roggeveen, certains marins, se sentant menacés, ouvrirent le feu, tuant au moins dix habitants. Cet épisode tragique illustre le choc des cultures et les incompréhensions qui en découlèrent.

Statues Moai sur l’île de Pâques découvertes par Jacob Roggeveen (Photo Wikimedia Commons).

Une expédition semée d’embûches

Après cette escale, l’expédition poursuivit sa route, mais les difficultés s’accumulèrent. Le 19 mai 1722, l’Afrikaansche Galey s’échoua sur un récif corallien, entraînant la perte de vivres essentiels. Le scorbut fit des ravages parmi l’équipage, et une mutinerie fut évitée de justesse. Face à ces épreuves, Roggeveen décida de rentrer aux Pays-Bas. À son retour, ses navires et sa cargaison furent confisqués en raison d’un litige entre les compagnies néerlandaises des Indes orientales et occidentales. Il reprit sa vie antérieure et mourut en 1729, sans mesurer l’ampleur de sa découverte.

Aujourd’hui, les Moaï continuent de fasciner chercheurs et visiteurs. Cependant, ils sont confrontés à de nouvelles menaces. En octobre 2022, un incendie ravagea plus de 100 hectares du parc national Rapa Nui, endommageant plusieurs statues. De plus, le changement climatique, avec la montée des eaux et l’augmentation des tempêtes, accélère l’érosion de ces sculptures en tuf volcanique, matériau particulièrement vulnérable. Des efforts de conservation sont en cours, mais les défis restent immenses.

Atlas de Voyage de La Perouse - (d'après) Gaspard Duche de Vancy

Une énigme persistante

Malgré des décennies de recherches, d’expéditions scientifiques et de fouilles méthodiques, l’île de Pâques conserve un parfum de mystère presque irréductible. C’est ce sentiment que Pierre Loti exprimait avec justesse en évoquant ces « grands vestiges [qui] restent une énigme ». En effet, de nombreuses zones d’ombre subsistent autour de la culture Rapa Nui et de ses impressionnantes statues de pierre, les Moaï.

Pourquoi ces statues ont-elles été érigées ? S’agissait-il uniquement d’hommages rendus aux ancêtres, ou revêtaient-elles une fonction religieuse plus complexe ? Quelle était la signification exacte de leur regard tourné vers l’intérieur de l’île, et non vers l’océan ? Et surtout, comment ces blocs colossaux de plusieurs tonnes ont-ils été transportés sur plusieurs kilomètres, sans la technologie de la roue, sans bêtes de somme, sur un terrain accidenté ? Certaines théories évoquent le déplacement par basculement, d’autres l’usage de rondins, mais aucune ne fait consensus absolu.

Le mystère ne s’arrête pas aux statues elles-mêmes. La disparition quasi-totale de la civilisation qui les a créées soulève d’autres interrogations. Déforestation, guerres internes, maladies importées par les Européens, esclavage : les causes du déclin des Rapa Nui sont multiples, entremêlées, et suscitent encore aujourd’hui un débat animé entre historiens, écologues et anthropologues. Pour certains, l’histoire de Rapa Nui est une leçon universelle sur la fragilité des sociétés humaines face à la surexploitation de leurs ressources.

Gravure de l'Illustration du 17 août 1872 d'après un dessin (imaginaire) de Pierre Loti. Domaine public.

Pour aller plus loin

Pour une analyse détaillée du voyage de Jacob Roggeveen, consultez l’article de Marie-Charlotte Laroche : Circonstances et vissicitudes du voyage de découverte dans le Pacifique Sud de l’exploration Roggeveen 1721-1722 

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