A mon arrivée, un parking ample nous permet déjà d’embrasser du regard l’ensemble du bâtiment. Avant même de franchir la porte, on observe les volumes de l’ancienne ferme, ses briques patinées, ses toitures massives et cette implantation presque évidente dans le paysage de Ragnies. Rien de spectaculaire au premier abord : mais la Distillerie de Biercée a quelques secrets bien utiles que nous allons découvrir ensemble dans cet article avec à la clé une interview exclusive de Lucile Loewer, directrice des opérations.
Impossible de parler de la Distillerie de Biercée sans évoquer d’emblée la matière première qui en constitue le cœur : la nature elle-même. Installée dans l’ancienne Ferme de la Cour, un ensemble de bâtiments historiques sur le haut plateau de Ragnies, cette distillerie n’est définitivement pas un lieu industriel standard.
On est vite frappé par le contraste entre la tranquillité bucolique du village hennuyer et l’énorme alambique de cuivre, aligné comme une sentinelle silencieuse prête à transformer les fruits en eaux-de-vie ou en liqueurs d’exception. La petite cour nous donnait d’ailleurs quelques indices sur ce que nous allions découvrir à l’intérieur…
La Distillerie de Biercée n’est pas seulement une entreprise : c’est le symbole d’un artisanat vivant. Fondée en 1946, elle est l’une des plus anciennes distilleries de Belgique encore en activité, et la seule en Wallonie à distiller des alcools à partir de fruits frais non traités, suivant une tradition respectueuse de la nature, des saisons et du goût authentique.
Ce respect des ingrédients se ressent à chaque étape : des pommes, poires ou cerises qui entrent dans le processus jusqu’aux gins et liqueurs complexes qui en sortent. Les guides de visite prennent le temps de vous expliquer comment la macération, la fermentation et la distillation façonnent le caractère de chaque produit, rendant palpable l’effort, la patience et la précision qui se cachent derrière chaque bouteille.
Le parcours de visite joue avec les sens. On ne se contente pas d’observer : on sent les arômes, on touche les alambics polis par le temps, on écoute le murmure des cuves en cuivre, et finalement, on goûte.
Le plus important, vous allez me rétorquer. La dégustation, irrémédiablement placée en conclusion, révèle la vraie magie du lieu : des eaux-de-vie fruitées, des gins aromatiques ou encore des liqueurs surprenantes comme le célèbre Eau de Villée, née d’une longue tradition et aujourd’hui icône de la distillerie.
Contrairement à une visite muséographique figée, ici chaque étape est une invitation à comprendre comment l’authenticité se façonne : un processus rythmé par la saison, par la main de l’artisan et par la nature elle-même. Sur place, on a même droit à un etit film explicatif, il serait dommage de louper son quart d’heure d’histoire dans une Wallonie qui a tant de difficultés à la mettre sur le devant de la scène.
Le véritable cœur de la visite se trouve dans la salle des alambics. C’est ici que bat normalement la pulsation de la Distillerie de Biercée, entre cuves, colonnes et serpentins de cuivre. Dans mon cas, les installations étaient à l’arrêt. Une chance, m’expliqua notre guide : en pleine production, le vacarme des machines rend les explications presque acrobatiques. On pouvait observer les détails, comprendre les circuits, suivre du regard le parcours invisible du fruit devenu alcool.
C’est également là qu’elle nous parla de la fameuse « part des anges ». Cette portion d’alcool qui s’évapore lentement pendant le vieillissement en fût, échappant aux hommes pour rejoindre, dit-on, le ciel. L’expression, poétique, contraste avec la rigueur scientifique du processus, mais elle rappelle que la distillation reste une affaire de patience et d’acceptation : tout ne se maîtrise pas, une part s’échappe toujours.
La Distillerie de Biercée ne se limite pas à distiller : c’est aussi un lieu d’échanges, une scène pour événements et rencontres. Des séminaires aux banquets privés, les espaces de la ferme se prêtent à des moments qui dépassent la simple dégustation.
Et puis, il y a ce lien tangible avec l’histoire du site lui-même : les pierres anciennes de la ferme, les poutres qui ont vu passer des générations, la lumière qui filtre à travers les fenêtres… Tout participe à faire de cette visite une expérience à la fois sensorielle et réflexive.
Directrice des opérations de la Distillerie de Biercée, Lucile Loewer supervise l’ensemble des activités du site, de la production à l’accueil des visiteurs. À la croisée de la gestion et du terrain, elle incarne une distillerie à la fois ancrée dans la tradition artisanale et résolument tournée vers l’avenir.