Citadelle de Dinant

L’Histoire vue d’en haut

Une forteresse qui structure le paysage

Impossible de visiter Dinant sans lever les yeux. Accrochée à son éperon rocheux, la Citadelle domine la ville et la Meuse, rappelant d’emblée sa fonction première : surveiller, contrôler, tenir. Avant même d’en franchir les portes, le visiteur comprend que ce site n’a jamais été pensé comme un simple décor, mais comme un outil militaire au service d’un territoire stratégique.

L’accès au site participe déjà à cette mise en condition. On quitte progressivement la ville pour rejoindre un espace clos, défensif, où chaque mur, chaque bastion répond à une logique précise. Je m’y engouffre avec l’idée de me confronter à un lieu façonné par des siècles de conflits.

Un site façonné par les siècles

Mais avant tout, un peu de contextualisation devant cette sentinelle de pierre : la Citadelle de Dinant ne se limite pas à une seule époque. Détruite, reconstruite, transformée, elle porte les traces visibles de plusieurs périodes, du Moyen Âge aux fortifications modernes. Cette superposition rend la lecture du site parfois complexe, mais aussi particulièrement riche.

Contrairement à certains monuments figés dans une reconstitution idéalisée, la Citadelle assume cette pluralité. Le parcours de visite suit une chronologie large, qui permet de comprendre l’évolution des techniques militaires, mais aussi les enjeux politiques et stratégiques liés à la vallée mosane.

Cette approche demande un effort au visiteur, mais elle évite l’écueil d’un récit simplifié ou tronqué. Ici, l’histoire ne se résume pas à une époque glorieuse : elle est faite de conflits, de reconstructions et d’adaptations permanentes.

 

Voir, comprendre, contextualiser

La visite repose aujourd’hui sur un dispositif muséographique modernisé, pensé pour clarifier cette complexité. Une fois arrivé au sommet, on nous gratifie d’une tablette (cf. HistoPad) qui nous permet de visualiser les différentes phases de construction et d’occupation du site, sans alourdir le parcours de panneaux explicatifs.

L’objectif est clair : aider le visiteur à se repérer dans le temps, tout en conservant un contact direct avec les structures originales. Reste que le numérique, constamment à portée de main, tend parfois à détourner l’attention du lieu lui-même. A utiliser avec mesure.

Cette approche s’adresse à un public très large. Familles, groupes scolaires, touristes étrangers ou visiteurs avertis peuvent avancer à leur rythme, approfondir certains aspects ou simplement suivre le fil principal de la visite.

1914 : une mémoire incontournable

Parmi les périodes abordées, la Première Guerre mondiale occupe une place à part. La Citadelle fut le théâtre de combats violents en 1914, lors de l’invasion allemande. Cet épisode, longtemps moins visible dans le parcours, bénéficie aujourd’hui d’un espace dédié.

La reconstitution de l’abri effondré et de la tranchée marque souvent les visiteurs. Plus immersive, plus directe, elle tranche avec le reste de la visite par son impact émotionnel. Sans multiplier les effets spectaculaires, elle permet de saisir concrètement la réalité du conflit et ses conséquences humaines.

Ce choix muséographique pose une question centrale : comment transmettre une mémoire douloureuse à des publics très différents, sans la banaliser ni la rendre inaccessible ? La Citadelle fait ici le pari d’un équilibre entre pédagogie, immersion et retenue. A vous de voir si le pari est réussi.

Un site vivant, au-delà de la visite

Derrière le parcours proposé au public se cache une réalité moins visible : celle de la gestion quotidienne d’un monument historique de grande ampleur. Entretien des murailles, restauration des toitures, sécurisation des cheminements… autant de travaux indispensables, rarement perceptibles lors de la visite.

À cela s’ajoutent des choix plus contemporains. Gestion de l’énergie, récupération de l’eau, intégration discrète de panneaux photovoltaïques ou développement de potagers pour l’infrastructure horeca témoignent d’une volonté d’exploiter le site de manière durable, sans dénaturer son caractère patrimonial. La Citadelle n’est donc pas seulement un lieu que l’on conserve : c’est un site que l’on exploite, que l’on adapte et que l’on projette dans l’avenir. Attention cependant à ne pas imaginer l’ensemble comme purement récréatif, une tare bien connue dans le grand mouvement de reconstitution historique et patrimoniale.

Gérer le succès

Avec plus de 300 000 visiteurs par an, la Citadelle de Dinant est l’un des sites historiques les plus fréquentés de Wallonie. Ce succès implique des contraintes importantes : gestion des flux, sécurité, qualité de l’accueil, adaptation saisonnière des effectifs.

Ces enjeux rappellent une réalité souvent sous-estimée : un site patrimonial, pour survivre, doit trouver un équilibre entre conservation, transmission et viabilité économique. Un combat permanent, loin de l’image romantique du monument hors du temps. À Dinant, ce combat se joue aujourd’hui autrement qu’en 1914, mais il s’inscrit dans la même logique de résistance et d’adaptation… celle que Charles de Gaulle, alors jeune officier, a connue ici.

 

Interview exclusive de Constance de Villenfagne

Constance de Villenfagne est directrice de l’exploitation de la Citadelle de Dinant, un site patrimonial majeur de Wallonie géré par sa famille depuis 1948. Engagée dans la transmission historique comme dans la gestion contemporaine du lieu, elle œuvre à concilier mémoire, accueil du public et viabilité économique d’un monument confronté aux enjeux du tourisme et de la conservation.

Qu’est-ce que représente aujourd’hui la Citadelle de Dinant : un monument militaire, un site touristique, un lieu de mémoire… ou un peu tout cela à la fois ?

La Citadelle de Dinant, c’est avant tout un lieu de mémoire important. C’est pourquoi nous portons une importance particulière aux éléments historiques. Nous travaillons par exemple avec un historien afin de nous assurer que ce que nous présentons aux visiteurs colle le plus possible à la réalité historique. Mais pour continuer à faire vivre ce site, l’aspect commercial ne peut pas être mis de côté. La Citadelle de Dinant est dans notre famille depuis 1948, et depuis lors, nous nous efforçons de montrer qu’un site patrimonial peut se suffire à lui-même, être un atout et être vecteur de rentabilité.

Comment décidez-vous quelle histoire raconter parmi les différentes périodes (médiévale, moderne, 1914, etc.) sans écraser la complexité du lieu ?

Les visiteurs et leurs attentes ont beaucoup évolué, notamment depuis le covid. Nous avons également constaté qu’il y avait certaines incompréhensions dans la chronologie de la visite, qui couvre une période très large. C’est pourquoi nous avons totalement revu le circuit de visite en juin 2025 et avons mis en place l’HistoPad, notre compagnon de visite en réalité augmentée. Celui-ci nous a permis de présenter plus clairement les différentes périodes de l’histoire, en remontant le temps. La Citadelle a également été le théâtre de combats sanglants durant la première guerre mondiale. Il était essentiel pour nous de créer un espace dédié à ces événements et c’est ce que nous avons fait dans la galerie 14 (cf. Première Guerre mondiale).

Quel est, selon vous, le moment ou l’espace qui marque le plus les visiteurs lors du parcours et pourquoi ?

Nous avons de très bons retours suite au lancement de notre nouveau circuit de visite en réalité augmentée. Les visiteurs aiment cet aspect technologique, qui les fait littéralement voyager dans le temps. Le fait que cet outil soit disponible en 8 langues est également un attrait pour de nombreux visiteurs. Le point d’orgue de notre visite reste la reconstitution de l’abri effondré, qui reconstitue une tranchée du front de l’Yser ainsi qu’un abri souterrain bombardé par un obus. Cet espace rencontre toujours un grand succès !

Quel aspect du fonctionnement quotidien de la Citadelle est totalement méconnu du public mais pourtant essentiel à son existence ?

Toute la partie muséographique est évidement essentielle au développement du site, mais il y a aussi tous les travaux « invisibles » et pourtant essentiels et lourds liés à ce type de bâtiments. Au cours des 10 dernières années, nous avons par exemple refait toute l’étanchéité de la toiture, la cour centrale a également été entièrement repavée et nous travaillons régulièrement sur les murailles. De plus, nous avons le souci permanent d’exploiter toutes les potentialités du site. Nous avons par exemple remis en fonctions d’anciennes citernes permettant d’alimenter en eau de pluie une partie des sanitaires, 200 panneaux photovoltaïques ont également été installés sur le site de façon peu visible permettant d’atténuer la charge d’une consommation énergétique lourde et nous avons créé deux potagers alimentant en légumes frais les cuisines de notre infrastructure Horeca.

Comment abordez-vous aujourd’hui des épisodes lourds de sens, comme les événements de 1914, avec des publics très variés (familles, scolaires, touristes étrangers) ?

Les générations se succèdent et il est important justement que l’histoire soit transmise et relayée aux plus jeunes. C’est notre devoir de mémoire en tant qu’exploitants de ce site. Nous attirons un public de tous âges et notre compagnon de visite permet à chacun de faire la visite à son rythme et selon ses affinités. Pour les plus jeunes, une chasse au trésor et la prise de selfie en tenue d’époque permet de découvrir tout cela de façon ludique.

Quelle est la difficulté la plus sous-estimée dans la gestion d’un site historique de cette ampleur (conservation, sécurité, météo, flux touristiques, financement…) ?

Je dirais un mix de tout cela. La qualité générale du site est essentielle à nos yeux, notamment au travers de la propreté et de la sécurité de nos visiteurs. Avec environ 325.000 visiteurs par an , la Citadelle de Dinant est le site historique le plus visité de Wallonie, ce qui entraîne certains challenges liés aux flux de visiteurs. Nous avons mis en place des systèmes nous permettant de travailler en effectifs réduits pendant la basse saison et d’ouvrir plusieurs entrées à la haute saison afin de fluidifier l’entrée sur le site.

Si vous aviez carte blanche pour un projet emblématique à la Citadelle dans 5 à 10 ans, à quoi ressemblerait-il ?

Nous devons actuellement effectuer une rénovation en profondeur de notre téléphérique, reliant le centre-ville et la forteresse. Ce projet est un enjeu essentiel pour la Citadelle en 2026 et 2027 ! A côté de cela, nous rénovons actuellement l’ancien bowling, à l’entrée du domaine. Il accueillera quelques chambres, ainsi qu’un Tea-room. C’est un projet très amusant à développer !

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